Sauveterre possédait un « hôpital » ou « Maison-Dieu ». Les archives donnent quelques informations sur cet établissement. Nous en avons relevé certaines dans le livre de Pierre-Marie Marlhiac et Bernard Alary (Sauveterre-de-Rouergue) ou dans les écrits de H.A. Bousquet (curé de Sauveterre en 1860, documents inédits) ou encore dans le recueil de textes historiques de la mairie.

Localisation.

    « Située au levant, vis-à-vis l’oratoire, longeant la ruelle de ronde en deçà des remparts, à côté de la grange actuelle de M. Merlin. D’après le cadastre de 1561, cette ruelle s’appelait rue de l’hôpital. » (H.A. Bousquet).
    Le bâtiment aujourd’hui n’existe plus ; il devait être situé dans le parc de la maison Bessoles, en bordure de l’allée de l’Oratoire (parcelle n°172 ?).

Description du bâtiment et du mobilier.
D’après un inventaire des meubles et effets, trouvés dans l’hôpital ou maison-Dieu de Sauveterre, le 9 juin 1695. (recueil de la mairie, extraits).

    « Premièrement dans l’église ou chapelle...
    Deuxièmement dans la cuisine basse : un bugadier (cuve ?) de pierre ; trois bois de lit avec le sur-ciel, dans un desquels il y a une paillasse avec une couverture plus qu’à demi usée... ; un lit garni d’une paillasse et d’un matelas d’étoupe ; une couverture blanche fort usée ; un coussin de plume pesant 17 livres ; six rideaux de toile drap, demi usés ; plus autour cinq lits où il n’y a que le bois seul ; une caisse vieille qui se ferme à clef.
    Troisièmement dans une autre cuisine basse : un lit avec son sur-ciel, sans rideaux, garni d’une paillasse et d’une couverture, son coussin plume pesant 17 livres ; un autre lit sans sur ciel, qui n’a que le bois ; plus un lit neuf qui a été de feu M. le curé ; une table vieille; un pot de fer ; un pendant de feu tout petit.
    Quatrièmement, dans la salle haute : quatorze lits, dont un avec un sur-ciel de toile, garni de sa paillasse, et un matelas neuf d’étoupe, une couverture blanche à cinq raies bleues dans un coin, un coussin plume du poids de 22 livres ; six rideaux, toile drap, entourés d’une petite frange ; un autre lit avec son sur-ciel, garni de rideaux toile drap... ; un autre lit avec son sur-ciel, garni de quatre rideaux toile drap, avec la paillasse et la coyette ( ou sur matelas) pesant 47 livres, le coussin pesant 16 livres, une couverture blanche demi usée ; autre lit sans rideaux, avec son sur-ciel, blanc, coyette de plume pesant 50 livres, avec son coussin pesant 20 livres, avec un matelas neuf d’étoupes, une couverture verte, une autre blanche...; un vieux siège ; un garde robe neuf, garni de deux serrures et deux clefs, et deux tiroirs, dans lesquels il y a dix linceuls (draps), tous de deux franges, demi-usés… ; une table à quatre pieds, demi-usée ; un chaudron de cuivre ; un autre chaudron de cuivre ; un vieux bassinoir ; deux vieilles poêles ; trois seaux de cuivre ; une lampe bonne ; une écuelle d’étain avec une cuiller ; une coupe en laiton ; un poêlon ; un pendant de feu avec sept anneaux.
    Cinquièmement dans la chambre qu’habite l’hospitalier : deux bancs.
    Sixièmement dans la chambre qui est à la suite, un bois de lit, assez bien, sans rideaux, garni d’une coyette blanche pesant 61 livres, avec son coussin pesant 22 livres et une méchante couverture blanche ; un vieux coffre ; cinq planches qui sont sur les poutres ; et une vieille caisse fermant à clef. »

    Cette description nous montre un bâtiment de deux niveaux, composé d’une chapelle, de plusieurs chambres-cuisines qui étaient assez grandes pour recevoir plusieurs lits, et d’une pièce pour l’hospitalier.
    Au total plus de vingt lits, d’un confort apparemment sommaire ; la literie complète comprenait un bois de lit, une paillasse, un matelas, une « coyette » (ou sur matelas), un « linceul » (drap), une « couverte » (couverture), un coussin, un sur-ciel et ses rideaux ; tous les lits n’en sont pas équipés. Outre les lits, peu de mobilier, mais quelques ustensiles pour la cuisine.

Administration.

    « En 1329, la bastide a son hôpital ou « Maison-Dieu ». Comptant au XVIIe siècle une dizaine de lits, il est administré par un « syndic » nommé par les consuls et abrite une chapelle construite en 1585 dédiée à sainte Anne (la mère de la Vierge). Pour fonctionner, l’hôpital est doté de biens ou rentes et reçoit des legs pieux en nature ou en argent. Un « hospitalier » veille sur les malades. Les médecins, les chirurgiens, et les « maistres apoticaires » de la ville les assistent.
    « Après la peste de 1628 une réorganisation s’opère. Deux pères capucins dirigent l’hôpital jusqu’en 1635. Apparaît aussi, en 1629, l’institution charitable des « Dames de la Miséricorde » où œuvrent les épouses et veuves de la bourgeoisie locale.
    « Les bénéficiaires de l’hôpital sont d’abord les pauvres de la ville que l’âge, l’infirmité, la maladie rendent inaptes à gagner leur vie. Ce sont aussi les pèlerins, pauvres passants, à qui l’on donne la « passade » ou bien le gîte pour quelques nuits…
    « L’hôpital de Sauveterre se maintint jusqu’en 1752, date de son rattachement à l’hôpital Saint-Loup de Villefranche... » (Pierre-Marie Marlhiac, Sauveterre-de-Rouergue)

    « Tous les jours le syndic de la maison-Dieu avait l’aumône à faire à de pauvres manants, suivis de leurs petits enfants, à de pauvres femmes, à des estropiés, et à tous il donnait. Il les faisait loger à l’hôpital s’ils étaient malades et, une fois guéris, il leur donnait 3 ou 4 sols pour passer leur chemin. » (H.A. Bousquet)

Dépenses de l’hôpital en 1636.
(H.A. Bousquet)

    « Voici l’aperçu des dépenses principales faites l’année mil six cent trente six. Elles donnent idée des mœurs, des prix des denrées et de l’état social à cette époque.
Le douzième avril 1636, avoir baillé à un pauvre pèlerin, trois sols.
plus le 15, à une pauvre femme se disant de Picardie menant sa famille, 2 sols
à deux pauvres pèlerins, quatre sols ;
à deux pauvres soldats estropiés, quatre sols ;
baillé le même jour à un muet, deux sols ;
à un pauvre se disant maître d’école, cinq sols ;
à un pauvre esclave, deux sols ;
de même ai baillé à un pauvre allemand étant malade dans la maison-Dieu pour avoir pain ou chair de mouton, cinq sols ;
je baille pour avoir fait tirer du sang à un pauvre malade, cinq sols à M. Urdiou ;
à un pauvre se disant musicien, trois sols ;
à un pauvre soldat un sol ;
à un pauvre aveugle, un sol six deniers ;
à un pauvre prêtre se disant de Gascogne, quatre sols ;
à la fille de Pan-Boat, malade, dix huit sols par mois de pain ou de viande, environ deux liards chaque jour ;
à l’hospitalier pour avoir plié la fille de Pan-Boat et lui faire la fosse, cinq sols ; pour la messe, deux sols ; pour le cierge, deux sols ; pour lui avoir fait sonner les cloches, cinq sols ;
à Ramon-Couvert pour avoir logé un gentilhomme se disant de Picardie, du mandement de M. Don consul, quinze sols ;
à deux religieux de l’ordre de saint Benoît disant qu’ils viennent de Paris, dix sols ;
de même ai baillé pour faire filer dix cannes de toile, pour la fabrication de la dite toile, ou pour faire quatre linceuls, trente sols six deniers ;
à M Crozet apothicaire la somme de quarante cinq sols pour les médicaments qu’il a baillé à Barthélémy Vacquier pour son enfant, du mandement de M. Don consul ;
à Fr. Savy pauvre homme pour le mois d’octobre dernier en vingt fois, dix sols ;
au pauvre Falguières vieux pour le dit mois en vingt fois, dix sols ;
au pauvre Jordinas en plusieurs fois pour le dit mois, cinq sols. »